05 mars 2018

Étrangers sur la terre


"Chacun est un migrant dans l’absolu."
                Hamid Mohsin

J'avais six ans quand j'ai quitté le pays la première fois: en vacances à La Panne, nous avons marché jusque Bray Dunes. La rue de mon enfance demeure intacte dans mon souvenir: même véhicule devant l'entrée, mêmes voisins durant vingt ans. J'ai cru reproduire ce cadre rassurant à l'âge adulte: même profession, même adresse, mêmes voisins et amis proches un bon nombre d'années. Et progressivement, c'est le monde qui a migré. Les rares voisins familiers de nos débuts sont morts ou en sursis, toutes les couleurs de la planète animent la salle d'attente, des enfants rieurs récemment arrivés se bousculent à nouveau sur les trottoirs, les cuisines du monde garnissent notre table. L'étranger venu de loin habite à nos côtés, nos enfants ont eux-mêmes parfois migré sur d'autres continents pour de plus ou moins longues périodes. Dans le train de la vie, le nez à la fenêtre, on peut ressentir ce sentiment d'étrangeté: sans jamais avoir quitté sa cabine, le paysage qui nous entoure varie sans cesse, méconnaissable, faisant de nous des autochtones migrants.


Lu dans:
Hamid Mohsin, un optimiste de la nature humaine. Entretien avec Nicolas Crousse. Le Soir 3 mars 2018.
Hamid Mohsin. Exit West. Traduit de l'anglais (Pakistan) par Bernard Cohen. Grasset. 2018. 208 pages

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