jeudi, mai 25, 2017

Une présence dans l'absence

"Elle se déplace comme un fantôme
Elle n'est plus en vie
Elle doit avoir pas loin de soixante-dix ans
Elle est petite et trapue
comme un stéréotype japonais.

Elle s'occupe du couloir de l'hôtel
        vide les cendriers
        fait la poussière      et nettoie les choses
Elle se déplace comme un fantôme
Elle n'a pas d'expression humaine. "
                Richard Brautigan

Soudain il me semble la reconnaître, elle doit être morte maintenant. Elle avait été chambrière toute sa vie dans un hôtel du centre-ville, et refusait que je lui rende sa monnaie à la fin de la consultation, ce geste lui remémorant trop les pourboires qui amélioraient son salaire. "Aujourd'hui, ici, j'existe, et je paie mon dû." C'était sa fierté, et ces deux pièces qu'elle abandonnait sur le bureau signifiait qu'elle avait définitivement quitté le monde des silencieux, des sans-nom, des fantômes croisés sans être regardés. L'Ascension des chrétiens n'est plus guère fêtée, pas plus que n'est encore partagé le récit des pèlerins d'Emmaüs en réponse à tant de souffrances quotidiennes et actuelles. "Il marchait à nos côtés, et nous ne le voyions pas, il nous parlait et nous ne l'entendions pas." Mystère de la "présence dans l'absence" de ceux qui nous quittent, mais aussi des plus modestes entre tous, qui partagent un quotidien anonyme. Un patient musulman, naturalisé de longue date, m'avouait qu'il fêtait tout, l’Aïd el-Kébir, la Noël, le 1er mai, le 11 novembre, le jour de l'an chrétien comme le musulman, car chaque fête possède une signification universelle. Je lui souhaite une belle fête de l'Ascension.  


       
Lu dans:
Richard Brautigan. Il pleut en amour. 1997.  Journal japonais. 2003. Le Castor astral. Collections Points 2003. 400 pages. Extrait p.379

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